Fin des années 1890. Félix décide de faire construire une maison juste à côté de la nouvelle usine, ce sera bien commode.

Elle sera orientée Est-Ouest avec une belle vue sur la douce vallée. 

Les ouvriers ont bien travaillé, la famille est installée.

1914 : les hommes doivent partir au front. Ca ne devrait pas durer longtemps. Pierre a dix-sept ans, il part avec les autres.

A la maison on attend le courier et on espère les bonnes nouvelles.

Mais les mois passent.... On a le ventre noué en pensant aux hommes de la famille et de l'usine qui dorment dehors alors que la pluie est glacée.

Les longues années passent et la guerre se termine.

Beaucoup sont morts et ceux qui reviennent, mon Dieu ! ne sont plus les mêmes. Pierre ne saura plus jamais rire.

1920-1930 l'activité à l'usine est dense, les commandes sont nombreuses, l'entreprise embauche et prospère. A la maison, Marie-Thérèse met au monde ses filles : trois en trois ans. Beaucoup de travail ! Les petites grandissent joyeusement et jouent à faire la classe.

1940 L'occupation allemande. On doit laisser la maison. La quitter, l'abandonner pour on ne sait combien de temps. Marie-Thérèse, enceinte, et Pierre rassemblent leurs affaires tant bien que mal et montent en voiture. C'est l'aventure excitante de traverser la France pour Françoise et Bernadette, c'est l'angoisse pour Marie-Thérèse et ses trois autres filles. Drame familial : l'enfant que portait Marie-Thérèse est mort-né.

Retour à la maison. Elle est toujours là, en bon état. Mais les Allemands viennent de temps en temps et il faut les accueillir et leur servir à souper. 

Il n'y a plus grand chose à manger. Chaque parcelle de terre autour de la maison est cultivée, la terre est encore gelée mais il faut la bêcher. Les poireaux sont repiqués, les choux récoltés.

1960 Les filles aînées sont mariées. Pierre, l'unique fils et dernier enfant de Marie-Thérèse, part quelques années pour ses études et son service militaire, mais à son retour il transforme la maison.

Une salle de bains, des vraies toilettes: la maison gagne en confort moderne.

1970-1980 Monique arrive de Paris dans cette maison qui ronronnait un peu froidement. De nouveau les cris d'enfants animent la maison. Des airs de piano s'échappent des fenêtres : tangos argentins et valses de Chopin. Monique n'a rien d'une gouvernante en chef mais elle a tout pour emplir la maison de joie et de petites folies. Elle s'invente des robes et se coud des vêtements. Elle maquille ses filles, et son fils aussi parfois. Ils se déguisent et regardent la télé en couleur.

On écosse les petits pois avec Grand-mère, et on fête Saint-Nicolas la nuit, au salon.

Vous l'avez compris, cette maison est celle de mon enfance.

Cette année mes enfants et leurs cousins ont improvisé une pièce de théâtre dans le grenier. La machine à souvenirs continue.

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